Fuite forcée du président: le Honduras victime d’un coup d’État |
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| Written by Tiffany Castlebay |
| Wednesday, 05 August 2009 00:00 |
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Le dimanche 28 juin, des militaires agissant sur ordre de la justice, arrêtaient puis expulsaient au Costa Rica, le président du Honduras, Manuel Zelaya, qui était sur le point d'organiser une consultation populaire pour prolonger son mandat, processus jugé illégal par la Cour suprême du pays. Le président du Congrès, Roberto Micheletti, était désigné quelques heures plus tard, chef par intérim du pays, jusqu'à la prise de fonction du prochain chef d'État en janvier 2011.
Mais les yeux de la communauté internationale étaient tournés vers les États-Unis, qui ont longtemps considéré l'Amérique latine comme leur chasse gardée, agissant impunément contre les mouvements socialistes émergents, en finançant les coups militaires et en tolérant les enlèvements, les disparitions et la torture. La Doctrine Reagan, du nom du 40e président des États-Unis, préconisait d'ailleurs la répression sévère de tous les mouvements communistes ou socialistes, par le financement, l'entraînement et l'armement de groupes anticommunistes, et par le soutien de régimes autoritaires et antidémocratiques. L'Oncle Sam possède d'ailleurs toujours des installations militaires au Honduras, à la base aérienne de Soto Cano, qui était utilisée dans les années 1980 pour contrer la guérilla «gauchiste». Si les États-Unis ont semblé soutenir les efforts de démocratisation de l'Amérique latine dans les années 1990, l'ère Bush a renversé cette tendance; les attentats du 11 septembre était un prétexte idéal pour renforcer la sécurité aux frontières et pour contrer les «nouvelles menaces», telles que le «populisme radical», le «terroriste international», le «narcoterroriste» et «les espaces vides», des lieux où l'absence de contrôle des forces militaires ou policières ouvre la voie aux terroristes et aux trafiquants de drogue. Par ailleurs, le déploiement militaire des États-Unis s'est étendu avec l'arrivée au pouvoir des Républicains en l'an 2000.
Ce changement de cap dans la stratégie américaine s'explique pour une bonne part par le désir de la Maison-Blanche de redorer le blason des États-Unis en Amérique du Sud. À Washington, on veut rehausser la réputation du pays passablement écornée au terme des deux mandats de l'administration Bush. En effet, au sud du Rio Grande, plusieurs se souviennent avec amertume que les services secrets américains avaient été mis au courant du coup d'État manqué contre le régime d'Hugo Chávez en 2002, alors que les États-Unis avaient affirmé ne pas être au courant de rien. Le soutien de Barack Obama au président hondurien Zelaya pourrait, selon certains experts, donner aux États-Unis l'opportunité de renforcer leur présence dans la région, mise à mal par l'influence grandissante de pays «gauchistes » comme le Venezuela. Cette crise politique constitue un test pour l'administration Obama qui a promis une nouvelle ère de collaboration avec l'Amérique latine, à l'occasion du Sommet des Amériques en avril dernier à Trinité-et-Tobago. Aux pressions politiques se sont ajoutées des pressions économiques avec le gel par la Banque mondiale et la Banque interaméricaine de développement de tous les prêts et lignes de crédit dans le pays. Un total de 300 à 400 millions de dollars d'aide internationale seraient ainsi gelés. Les États-Unis ont également confirmé la suspension d'une partie de son aide économique de plus de 200 millions de dollars. En outre, plus de 50 millions de dollars d'aide supplémentaire pour 2009 pourraient être menacés, tout comme les quelque 130 millions restant au compte des Objectifs du Millénaire, a précisé l'ambassade américaine au Honduras. Les États-Unis maintiennent toutefois leurs programmes d'assistance directe à la population, tels que l'aide alimentaire, le programme anti-sida et autres campagnes de prévention médicale, de lutte contre la mortalité infantile et d'aide en cas de catastrophe naturelle. Cette crise politique et institutionnelle, la plus importante que la région ait subi depuis le coup d'État retentissant au Guatemala en 1983, s'explique potentiellement par la récente conversion politique du président hondurien Manuel Zelaya. Élu en tant que président conservateur et membre d'une riche famille de propriétaires terriens, Zelaya a en effet opéré un virage à gauche au cours de son mandat, renforçant les relations du Honduras avec Cuba et le Venezuela, les pays «gauchistes» d'Amérique latine. Zelaya aurait graduellement mis en place des programmes calqués sur ceux des gouvernements antilibéraux de l'Amérique latine, visant à améliorer l'alphabétisation et la santé; il aurait notamment décrété une hausse du salaire minimum et abaissé le prix du carburant, grâce à un prêt de Caracas. Selon certains experts politiques de la région, ce rapprochement idéologique et politique du Honduras avec la gauche a hérissé une frange de la société hondurienne conservatrice. Mais la goutte qui a fait débordé le vase est très certainement la volonté du président Zelaya, élu en 2006 pour un mandat de quatre ans non renouvelable, d'organiser un référendum pour ouvrir la voie à une révision de la Constitution, qui lui aurait permis de briguer un deuxième mandat aux élections prévues le 29 novembre prochain. Son projet de référendum, dénoncé par la Cour suprême, l'armée, le clergé, les partis d'opposition et aussi par les dirigeants de son propre parti, le Parti libéral, était toutefois très populaire parmi les classes populaires et les travailleurs. Toujours en exil, le président déchu a rapidement indiqué qu'il comptait retourner au Honduras afin de compléter son mandat, précisant toutefois qu'il renonçait à un potentiel deuxième mandat et à la tenue d'un référendum sur la question. Zelaya compte sur l'aide de la communauté internationale pour son éventuel rapatriement, entreprise qui n'est pas sans risques car de nombreuses accusations pèsent contre lui. En effet, le gouvernement intérimaire du Honduras lançait, quelques jours après la destitution du président Zelaya, un mandat d'arrêt contre lui, indiquant que ce dernier serait «arrêté immédiatement», s'il revenait au pays. Zelaya serait en effet poursuivi pour dix-huit crimes, dont la «haute trahison», la «corruption» et l'«usurpation de fonctions». Roberto Micheletti, désigné par intérim à la tête du Honduras, bénéficie du soutien de la majorité de la classe politique et des médias, des chefs d'entreprise et d'une partie de la population. Il a indiqué à la communauté internationale qu'il n'y avait pas eu de coup d'État contre le président déchu, et qu'il s'agissait d'une «succession constitutionnelle»; selon lui, l'armée aurait agi en toute légalité, sur les ordres du Parlement et de la Cour suprême. Les nouvelles autorités honduriennes préparent d'ailleurs une «campagne internationale» pour expliquer les événements de juin, et ont fait appel à un «dialogue national» ouvert à tous et à «toutes les composantes politiques», y compris celles qui ont participé à l'administration Zelaya. Micheletti a déclaré «n'avoir aucune objection» à une élection anticipée, une des solutions de sortie de crise que la communauté internationale souhaiterait voir acceptée par les deux camps rivaux, tout en se disant opposé à un possible retour au pouvoir de Zelaya, comme le demandent l'ONU et l'OEA. Pendant ce temps, des manifestants des deux camps continuent de protester dans les rues de la capitale, menant à des affrontements entre partisans du président évincé et l'armée hondurienne pro-Micheletti. L'escalade se poursuit depuis que les autorités en place ont décrété «ne rien avoir à négocier», suspendant plusieurs libertés constitutionnelles, telles que la liberté d'association et de réunion, ainsi que la liberté de mouvement ou de sortie du territoire. Un couvre-feu, qui avait été suspendu peu de temps après le déclenchement de la crise, a d'ailleurs été rétabli, pour prévenir des «désordres» de la part de groupes fidèles au chef de l'État destitué Manuel Zelaya. Après une première tentative avortée de rentrer au pays, où l'armée aurait empêché son avion de se poser, Manuel Zelaya est allé rejoindre quelques-uns de ces alliés au Salvador, tels que les chefs d'État de l'Équateur et de l'Argentine, Rafael Correa et Christina Kirchner, ainsi que le secrétaire général de l'OEA, Jose Miguel Insulza. Nommé comme médiateur, le prix Nobel de la paix et président du Costa Rica Oscar Arias, a débuté des pourparlers avec les deux camps dans l'espoir de dénouer la crise. Les États-Unis auraient joué un rôle important dans cette initiative. Hillary Clinton, la secrétaire d'État américaine, a reçu Manuel Zelaya à Washington pour sceller l'accord sur le processus de médiation. Un premier face à face prévu entre Zelaya et Micheletti, où les deux rivaux avaient accepté de «dialoguer» et non de «négocier», s'est soldé par un échec, mais le dialogue se poursuit entre les deux camps. Parmi les sorties de crise envisagées figurent l'anticipation de l'élection présidentielle, un point sur lequel les deux camps ont donné leur accord de principe, et l'amnistie politique de Manuel Zelaya, qui ne serait plus alors poursuivi pour «haute trahison» et pourrait rentrer au pays sans être arrêté par les autorités du Honduras. Pendant ce temps, Zelaya, mécontent face à l'enlisement de la crise, a appelé la population du Honduras à l'insurrection pour le rétablir dans ses fonctions. «Le droit à l'insurrection est un droit légitime qui fait partie des concepts les élevés du sens de la démocratie face à un gouvernement usurpateur et des militaire putschistes», a-t-il déclaré en conférence de presse, au côté du président du Guatemala, Alvaro Colom. Zelaya a appelé à «la grève, la manifestation et la désobéissance civile», qui constituent «un processus nécessaire quand l'ordre démocratique est violé dans un pays», estimant que le processus de médiation était sur la voie de l'échec, si la restitution de son pouvoir n'en était pas l'objectif. Une vision des choses que ne partage pas Micheletti, qui a indiqué que «le seul thème qui ne serait pas abordé lors de cette médiation serait le retour possible de Manuel Zelaya». En effet, Micheletti s'est même dit prêt à renoncer au pouvoir si le président destitué ne revenait pas dans son pays. «Je suis prêt à prendre cette décision, pour la paix et la tranquillité dans le pays, à la condition, que cela soit bien établi, que l'ex-président Zelaya ne revienne pas», a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse le 15 juillet. La crise politique au Honduras s'enlise, sans espoir immédiat d'une solution. Le dialogue entamé entre les deux parties achoppe sur la question de la réintégration de Manuel Zelaya dans sa fonction présidentielle, point déclaré «non négociable» pour le clan Zelaya et «hors de question» pour le clan Micheletti. Ce qui étonne dans cette crise, est l'unanimité qui pèse contre les auteurs du coup d'État. En effet, pour la première fois dans l'histoire de l'Amérique latine, un renversement réalisé par des militaires est critiqué par toutes les nations de la région, ainsi que par la communauté internationale, y compris, et surtout, les États-Unis. Il y a 30 ou 40 ans, le monde entier se serait contenté de hausser les épaules devant le fait accompli. Mais aujourd'hui, quels que soient les motifs invoqués, le coup d'État militaire ne figure plus parmi les modes acceptés d'accession au pouvoir. En pratique, le nouveau régime pourrait résister aux pressions internationales et survivre en isolation encore quelque temps. Mais en pratique, coupé de toute aide financière internationale et du pétrole vénézuélien, le Honduras se retrouve dans une situation extrêmement précaire et il est fort probable qu'il ne puisse pas éviter la négociation et le compromis.
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Presque immédiatement, la communauté internationale dénonçait ce coup d'État, le déclarant illégal et anti-démocratique. L'Assemblée générale des Nations-Unies, rassemblée en session extraordinaire, adoptait une résolution par consensus condamnant ce coup d'État et demandant que le président Zelaya soit rétabli dans ses fonctions; de son côté, l'Organisation des États américains (OEA) bannissait le Honduras de ses pays membres, une première depuis l'expulsion de Cuba en 1969. L'Union européenne, tout comme plusieurs pays du «Vieux Continent», demandait également à ses ambassadeurs au Honduras «d'éviter d'avoir des contacts avec le nouveau gouvernement». Les dirigeants de la gauche radicale latino-américaine apportaient un soutien encore plus marqué à Zelaya à l'occasion d'un sommet spécial au Nicaragua; en effet, les pays membres de l'Alternative bolivarienne des Amériques (ALBA), une organisation fondée en 2004 par le Venezuela et Cuba, réunissant notamment le Nicaragua, le Honduras et la Bolivie, décidaient de retirer leurs ambassadeurs à Tegucigalpa, en plus de demander aux organismes financiers internationaux de suspendre immédiatement tous les prêts au Honduras afin d'isoler le régime. Pour sa part, le président du Venezuela, Hugo Chávez, réagissait avec colère à ce putsch, menaçant de faire tomber la nouvelles junte et admettant avoir placé l'armée vénézuélienne en état d'alerte. Chávez décidait également de suspendre les livraisons de pétrole au Honduras, qui bénéficie d'un accord de coopération énergétique avec Caracas.
C'est dans ce contexte de méfiance réciproque que les États-Unis, désireux de donner un nouvel élan à leur diplomatie et d'opérer une rupture manifeste avec l'ère Bush, ont vivement condamné le coup d'État du Honduras, se disant «profondément préoccupés» par la situation et demandant le rétablissement de Manuel Zelaya dans ses fonctions. «Nous pensons que ce coup d'État n'était pas légal et que le président Zelaya reste le président du Honduras» a déclaré Barack Obama. L'ambassadeur américain au Honduras a précisé que jamais un gouvernement imposé pas des baïonnettes ne serait reconnu par la communauté internationale. Accusé par certains régimes ouvertement antiaméricains, comme le Venezuela et la Bolivie, d'avoir fomenté ce coup d'État, les États-Unis ont vivement nié avoir joué le moindre rôle dans les événements du Honduras et ont suspendu du même coup, leur aide financière et leurs activités militaires avec les forces armées du Honduras, en guise de représailles. «Il n'y a eu aucune implication américaine dans les actes qui ont visé le président Zelaya», a assuré la Maison-Blanche par voie de communiqué.



